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1999. Je suis enceinte pour la première fois. Très disciplinée, suivi chez un gynécologue malgré le malaise que je ressens lors de consultations très " techniques " qui durent 15 minutes montre en main.
Le malaise s'accentue au 7ème mois de grossesse, alors que j'ai pris 14 kilos et que le gynécologue me dit " vous avez pris trop de poids, si vous continuez comme ça vous allez avoir un bébé énorme. Vous courez droit à la césarienne ". S'il savait qui je suis, autre chose qu'un nom sur un dossier, il saurait que ma mère a eu deux césariennes et failli ne pas survivre à la seconde… alors cette mention de césarienne, c'est un coup de poignard qu'il me balance.
On continue dans le même genre un mois après et finalement j'ai une prescription pour une pelvimétrie qui s'avère normale.
Côté accouchement, primipare ignorante et soucieuse de bien faire je vais sans doute trop tôt à la clinique où je me retrouve sanglée, scotchée à une table et où à la suite d'un TV (toucher vaginal) fait en pleine contraction la sage-femme (SF par la suite) me dit devant ma grimace de douleur " oh, bon ça va hein, qu'est ce que ça sera quand ce sera le bébé !"…
Perdue, je me sens seule, pas accompagnée, pas écoutée et quand on me dit "pour la péridurale c'est maintenant parce qu'après l'anesthésiste n'est plus là", je dis oui. Le travail n'avance pas, je suis rasée, la poche des eaux est rompue et ça n'avance toujours pas.
Césarienne, le mot est à nouveau lâché. C'est bien par une césarienne que se termine cette première grossesse. Je suis en vie, mon bébé aussi (au passage le "bébé énorme " faisait 3.290 kg….), nous sommes en bonne santé.
Sur le moment, soulagée d'une césarienne qui a été décidée à temps et pas dans l'urgence je suis contente de cet accouchement. Voilà qui me fait pleinement mesurer le poids de mon histoire !! Par opposition à la césarienne par laquelle je suis née, celle-ci m'apparaît pleinement satisfaisante: je ne suis pas sous anesthésie générale, je peux entendre mon fils pleurer quand on le sort de mon ventre, je le vois et moins d'une demi-heure après sa naissance il est dans mes bras. En plus j'ai la chance de n'éprouver aucune douleur et de pouvoir me lever bien vite et sans difficulté.
2002. Enceinte de mon second zèbre, je commence à regarder en face mon premier accouchement.
J'ai bien été obligée de constater que je ne souhaitais absolument pas revivre une césarienne, en dehors évidemment d'une réelle indication médicale à ce geste. J'ai bien été obligée à ce moment-là de faire face à ce que je n'avais jamais osé formuler jusque là, ce sentiment de dépossession de la naissance de mon fils, ce sentiment d'avoir un peu quelque part "raté". L'échec de l'allaitement, l'échec de la naissance, la crainte d'avoir moi aussi une seconde césarienne ont été un moteur qui m'a poussé à me demander pourquoi j'avais eu une césarienne, à vérifier ce qu'on m'en avait dit à l'époque en consultant mon dossier médical... bref à analyser ce qu'il s'était passé pour ne pas reproduire ou au moins me donner toutes les chances de ne pas repasser par la case césarienne.
En surfant un peu à droite et à gauche, j'ai réalisé qu'il fallait remonter bien avant le moment où intervient la césarienne, que finalement c'était un ensemble de gestes, de protocoles qu'il fallait questionner.
Certes, il m'avait bien été dit à l'époque que les indications pour cette césarienne-là n'étaient pas des indications absolues pour une césarienne et que je pourrais envisager d'accoucher "normalement" lors d'une prochaine grossesse mais en regardant un peu ce qu'il se pratiquait autour de moi, force était de constater que la majorité des césarisées un jour l'étaient aussi les fois suivantes en dépit des discours du personnel médical. Un gros doute à ce moment-là est même venu m'habiter: cette première césarienne avait-elle réellement été nécessaire ?
Bref, il m'a fallu attendre ma seconde grossesse en 2002 pour pouvoir mettre des mots sur le malaise que je ressentais confusément face au suivi de la grossesse, à l'accouchement. Je cherche donc cette fois un suivi par une sage femme… aucune n'accepte d'aller au-delà du 7ème mois, la plupart s'arrêtent à 3 ou 4 mois.
Je vais donc chez un obstétricien et ne suis une fois de plus qu'un utérus sur pattes, un nom sur un dossier qu'on ne prend même pas la peine de relire avant de me faire entrer dans le cabinet.
Au cinquième mois de grossesse je finis par trouver une sage femme qui a une approche me convenant… je suis tellement soulagée que je me moque des longs trajets en bus nécessaires pour aller la voir. Reste quand même que je compte accoucher en structure et qu'il me faut trouver une équipe acceptant le principe d'un AVAC (Accouchement Vaginal Après Césarienne), qui ne m'imposera pas de péridurale d'office et me laissera libre de mes mouvements… il y aurait bien plus que je souhaiterais demander, mais je crains de compromettre mes chances d'avoir un AVAC… un AVAC c'est le plus important pour moi.
Cette seconde grossesse est placée sous le signe de la lutte, une lutte pour éviter une seconde césarienne d'office. Quoi qu'on en dise, dans la pratique il est plus difficile qu'on ne le pense d'y échapper. Très facile et rassurant de s'entendre dire "non, non, pas de deuxième césarienne sauf si nécessité" mais quand on voit que le protocole c'est "perfusion, monitoring, péridurale d'office, ocytocine et tutti quanti" ça réduit considérablement les chances…
Finalement, je rencontre au 8ème et 9ème mois une gynécologue au CHU à qui je dis franco que là où j'en suis j'envisage même un accouchement à domicile (AAD) tellement je suis écoeurée du décalage entre le discours lénifiant de ses confrères et leur pratique. Peut-être que la mention de l'AAD a aidé ma cause, toujours est-il qu'après notre discussion et examen des résultats de pelvimétrie elle donne le feu vert pour "l'épreuve utérine" et je veille à ce que ça soit noté dans mon dossier.
De même lors du RDV avec l'anesthésiste je parviens à arracher de déroger au principe de péridurale d'office en cas d'antécédent de césarienne, que je fais aussi inscrire dans mon dossier pour en avoir une trace.
Le jour J arrive, la SF me dit que l'anesthésiste est là pour la péridurale ("non, non, relisez mon dossier, péri que si je la demande")… je garde effectivement ma mobilité (et la désorganisation relative du service suite à des problèmes d'inondation y est pour beaucoup je pense) mais voilà, dans toute cette grossesse orientée sur la lutte, j'en avais oublié de me poser, de penser à moi, à ce bébé de me donner des outils pour gérer ou vivre les contractions… je panique, je perds pied et je finis par la demander cette fameuse péridurale, en me disant, maigre consolation, que cette fois je fais au moins un choix en toute connaissance de cause.
Péridurale mal latéralisée, très déroutant comme sensation. Forceps, épisiotomie… mais un bébé de 4.090 kg né par voie basse… je suis capable d'accoucher, mon corps sait faire… je suis soulagée.
En 2004, je suis enceinte pour la troisième fois. Cette fois je prends d'emblée RDV avec "ma" SF pour le suivi de la grossesse : là je suis assurée de consultation d'une heure, de recevoir de l'écoute de la part de quelqu'un qui saura qui je suis. D'ailleurs quand j'appelle pour prendre le premier RDV, elle se souvient de moi, 2 ans après. Quel changement !
Cette SF est "réputée" (peut-être devrais-je dire connue comme le mouton noir… dès que je mentionne son nom, tout le monde me demande si je compte accoucher à domicile ou si elle n'essaie pas de me forcer à le faire !!!!) pour les AAD qu'elle accepte de pratiquer.
Toutefois, d'emblée, je lui précise que ce n'est pas ce que nous souhaitons (enfin moi si mais pas mon mari...) ; nous nous mettons donc d'accord sur le principe d'un suivi de la grossesse, jusqu'au bout de la grossesse, avec éventuellement si j'en ressens le besoin un accompagnement du travail à la maison jusqu'au moment où nous irons à la clinique (entre temps, le département "sud" du CHU où j'ai accouché la fois d'avant n'assure plus d'accouchements, tous se font maintenant au département "nord" du CHU, usine à bébés qui ne me tente guère). Dialogue, confiance, respect. Chacun est clair dans ce qu'il souhaite et dans ce qu'il peut attendre ou non de l'autre.
Je la vois donc tous les mois, c'est plus mon heure de bien-être qu'une consultation finalement : on y fait le point sur comment je me sens, mes difficultés éventuelles, la fatigue… c'est un espace privilégié pour moi, où je sais que l'on m'écoute, que l'on m'oriente vers des pistes qui peuvent ou pas me correspondre en cas de questionnement. Pas de geste systématique juste "parce que ça se fait" (à chaque fois qu'elle me demande si je souhaite qu'elle examine mon col, je réponds "non", ce refus est respecté. Une fois j'ai failli dire "oui", parce que j'avais vraiment été fatiguée et surmenée… mais comme j'arrêtais le travail 10 jours après la perspective d'un repos réparateur m'a fait répondre "non", et puis surtout mon ressenti profond : "ce bébé n'était pas en danger").
Je fais du yoga, de la sophrologie. Je suis bien dans mon ventre qui s'arrondit, même si oui, j'ai été fatiguée par moments, même si j'ai eu des nausées. Mais pour la première fois, je me suis vraiment sentie épanouie dans ma grossesse, pleinement enceinte, actrice et maîtresse de ce qu'il pouvait se passer.
Le huitième mois approche et je ne nie pas que j'angoisse à l'idée de devoir mettre les pieds à la clinique. J'ai même envisagé un moment de ne pas accoucher là-bas et, tant pis, d'arriver de façon impromptue au CHU le jour de l'accouchement, juste pour éviter les visites des 8ème et 9ème mois et ne pas avoir à angoisser sur l'accueil qui sera fait au projet de naissance que j'ai (il faut bien dire que c'est plus le mien que celui de mon mari qui est patient autant qu'il le peut avec mes "lubies") et à mes demandes par rapport à ces visites mensuelles… après une mise à plat des différents scénarios possibles avec la SF, j'en viens à me dire que cette grossesse c'est aussi celle de la maturité pour moi et que je suis capable de me trouver en présence d'une blouse blanche et de "dire" , de "demander", je suis capable de renverser une situation que j'ai vécue jusque là comme infantilisante et déresponsabilisante.
Le jour du premier rendez-vous arrive. J'ai encore des doutes et j'appelle mon mari en lui disant que j'ai envie d'annuler, mais il m'encourage en me disant que je n'ai rien à perdre et qu'au fond de moi je sais quoi penser de certains aspects du discours que le gynécologue-obstétricien ne manquera pas de me tenir.
Mes deux fils - 5.5 ans et 2.5 ans - étaient avec moi (pas eu de baby sitter disponible et aucun moyen de faire autrement que les emmener) et objectivement ont été plutôt sympas compte des circonstances. J'ai vu à ce sujet une nette différence entre la partie administrative au secrétariat, où les dames ont papoté avec eux, leur ont donné des feuilles etc. et ce qu'il s'est passé ensuite dans la cabinet du gynécologue.
Un docteur appelle mon nom, nous nous levons et "bonjour madame", pas un mot, rien qui indique qu'il ait vu la présence de mes enfants ; ou plutôt si, son silence est éloquent et embarrassant. Premier point de stress intense pour moi… il ne m'aide pas là et je sens une pression à ce que mes enfants soient invisibles, immobiles, inexistants.
Le questionnaire purement médical commence, froid, rien sur mon vécu de grossesse, des questions classiques, des réponses pianotées sur un clavier d'ordinateur en me regardant à peine.
Autre moment de gros embarras et de silence pesant, quand je réponds que "oui, ma grossesse a été suivie par une sage-femme" et "non je n'ai pas vu de "médecin" puisque tout se passe bien, que la sage-femme est formée pour suivre des grossesse physiologiques et qu'en plus j'avais 2 RDV prévus avec vous".
On en finit avec les questions d'usage pour le dossier médical et "bon, passez à côté, et défaites-vous".
J'enlève mon pantalon, un peu embarrassée qu'on m'envoie ainsi me déshabiller sans me dire exactement en quoi va consister l'auscultation (même si au bout de ma troisième grossesse j'ai une petite idée…). Quand il arrive dans la pièce il me regarde et me dit :
- Ah, ben même le slip, hein !
- Pourquoi ? Vous voulez faire un toucher vaginal ?
- Evidemment.
- Justement j'aimerais avant en discuter ; je suis dans une situation sans stress, la grossesse se passe bien, est-ce que si mon col était ouvert, je n'aurais pas senti des contractions, est-ce que je suis vraiment à risque pour avoir un col ouvert ?
(c'est en substance, sinon à la lettre mon petit discours maladroit de ce moment… toute gênée je suis d'oser seulement demander qu'on justifie ainsi ce TV (toucher vaginal), et encore plus mal à l'aise compte tenu de l'ambiance pas franchement chaleureuse jusque là).
Aucune réponse si ce n'est "c'est le protocole" et "on a déjà vu des femmes qui avaient un col ouvert même sans avoir ressenti de contractions" et pas grand-chose d'autre à part l'importance de détecter les manaces d'accouchement prématurés et de prendre les mesures appropriées. Je dis alors juste que je refuse cet examen.
Il me fait asseoir sur la table d'examen, "oui, ben même là vous mettez les fesses bien au bord".
Il a ensuite fait semblant d'essuyer mon ventre après les 15 secondes (montre en main) d'échographie (dont je n'ai pas été informée préalablement qu'il allait la faire…) donc
je me retrouve avec du gel partout sur les vêtements et le slip puisqu'il ne me donne rien pour finir de m'essuyer.
Le "dialogue" a complètement été coupé à partir de là (inutile de dire que le projet de naissance est resté bien au fond de mon sac !) et quand il a daigné m'adresser à nouveau la parole ça a été pour me dire : "puisque vous avez des exigences j'en ai aussi,
la prochaine fois vous n'emmenez pas vos enfants, passe encore qu'ils me bousillent mes stylos (ils ont écrit avec ses stabilo, c'est vrai, ils n'ont pas demandé avant de les prendre sur son bureau puisqu'ils étaient juste devant eux c'est vrai aussi… mais de là à qualifier ça de bousillage faut pas pousser !) mais je ne peux pas travailler dans ces conditions, ce n'est pas un examen obstétrique normal et il ne peut pas y avoir de confiance dans ces conditions et à la limite si vous pouviez vous trouver un autre docteur je ne me plaindrais pas".
En 15 minutes cet homme a fichu en l'air 8 mois d'une grossesse sereine passée à l'écoute de mon corps, de mon bébé, de mon ressenti.
Je n'en dors pas la nuit qui suit, je me repasse en boucle le déroulement de la visite sans pouvoir m'en empêcher. Et quand j'en ai fini avec le déroulement de la visite qui me noue les tripes à chaque fois, je compose un courrier dans ma tête… je ne sais pas trop à qui j'écris, mais il faut que je dise la souffrance, la violence que cet homme m'a infligée.
Cette souffrance se double en plus de sa non-reconnaissance par un bon nombre de personnes qui ne comprennent pas pourquoi je ne me suis pas soumise, pourquoi j'ai voulu discuter (réaction type de pas mal de mamans ou futures mamans : " m'enfin, c'est normal de faire un TV ! ")… à commencer par mon propre mari, bien gêné de me voir dans cet état et qui se dit que si je m'étais tue ça serait bien plus simple à gérer (pour lui) maintenant.
Deux jours après je suis encore au lit jusqu'au soir où je vomis. A partir de là ça va moins mal : j'arrive à vraiment écrire ma lettre (au directeur de la clinique, j'en préparerais d'autres presque identiques à destination de l'Ordre des Médecins un peu plus tard) et à sortir tout ça de moi.
Evidemment, c'est loin de régler le problème qu'il me reste : où accoucher ? Sachant - en dehors des considérations de délais d'inscription - que cette clinique était réputée pour être la plus ouverte au dialogue, il ne me reste plus que le CHU… l'usine à bébés. Je tente de (re)lancer l'idée d'un AAD auprès de mon mari, ça ne mène qu'à des conflits, des disputes, plein d'angoisse et de négativité.
J'appelle donc le CHU pour expliquer ma situation ; j'ai rendez-vous la semaine suivante. J'obtiens de mon mari qu'il m'accompagne et que ce soit lui qui discute de ce qu'il juge si simple à trouver et obtenir : ne pas avoir de péridurale d'office, garder ma mobilité sont les deux points qu'il trouve pertinents de discuter maintenant ; pour le reste (position d'accouchement libre, soins au bébé, sortie à + 2 h si tout va bien) il trouve préférable de dire simplement "non" le jour J à ce que nous refusons.
Très honnêtement, le contact avec la sage-femme est plutôt bon (et nos enfants, présents là aussi sont très bien accueillis par cette femme) et avant que mon mari ne sorte je lui parle du TV en lui disant, comme on l'a répété à la maison de façon à ce que je sois la plus diplomate possible dans ma demande, que j'aimerais ne pas en faire mais que je voudrais qu'on en discute pour être sûre d'avoir bien tous les éléments pour faire ce choix. Sa réponse est simple, une fois expliquée ma situation sans stress, à la maison, au lit tous les après-midi etc. : "bah, de toutes façons vu votre stade de grossesse, si vous ne voulez pas que je vous examine ça ne me pose pas de problème". Ouf. Même si elle a été honnête et a bien dit que pour le "pas de péri, mobilité" ça dépendrait de l'équipe en place…
Mais…
A peine revenue à mon domicile, le téléphone sonne : c'est la sage-femme.
Un médecin a revu mon dossier avec elle et comme il y a eu une difficulté au passage de l'épaule pour mon enfant précédent (le dossier médical mentionne effectivement : "difficulté aux épaules - expression sus pub."), il "faut" que je retourne à l'hôpital pour une échographie de contrôle de la taille du bébé et le RDV du mois prochain avec elle est annulé il "faut" que je voie un médecin (au passage : elle-même avait plutôt l'air de se sentir évincée d'un "cas" qu'elle pouvait parfaitement gérer)... le docteur souhaite remplacer un examen sanguin (glycémie à jeun et post-brandiale) par un autre, HGPO, pour lequel elle m'envoie une ordonnance.
Je suis prise de court, désarçonnée et dans le fond pas si surprise que ça… qu'est-ce que je m'imaginais, échapper à la série routine/protocole/gestion du risque médico-légal ? Nous n'avons pas la possibilité de discuter de tout ceci au téléphone, parce que je manque de réactivité mais aussi parce que le moment n'est bien choisi ni pour l'une ni pour l'autre.
Je reparle de tout ceci le lendemain avec "ma" sage-femme et ce qu'elle me dit au sujet de la difficulté aux épaules, de l'HGPO rejoint ce que j'en pensais après investigation sur le net et autres sources.
De nouvelles discussions avec mon mari, argumentations… finalement nous tombons d'accord que je vais faire l'échographie et partant de là voir ce qu'ils me diront.
J'angoisse, le spectre d'un "votre bébé est trop gros, il vaut mieux envisager une césarienne pour votre sécurité et celle de votre enfant" commence à me hanter. Mon mari tente de dédramatiser en me disant qu'ils cherchent peut-être tout simplement à se prémunir au cas où j'envisage sans le leur dire un AAD et qu'il y ait ensuite un problème.
Je fais l'échographie. Trop de liquide, bébé qui a bien grossi et qui fera sans doute plus de 4 kilos. "Vous reverrez ça avec le docteur, mais n'excluez pas l'idée d'une césarienne".
Je nage en plein cauchemar.
Le rendez-vous suivant, celui du neuvième mois, contribue encore à accroître le stress présent depuis janvier et ce premier RDV en structure.
Le docteur arrive en retard de 15 minutes (mais elle était là puisqu'elle papotait avec la SF, et je dis bien "papotait", pas "discutait de patients"), elle s'en excuse ceci dit. Elle lit mon dossier, demande les échos., contrôle les derniers résultats d'analyse... s'étonne de ce qu'il manque ceux de l'HGPO.
J'explique que la grippe m'a clouée au lit pendant 15 jours vraiment pas bien du tout et que sur les conseils de ma généraliste vue pour l'occasion j'ai préféré ne pas faire le test avant d'être rétablie.
Commentaire : "bon de toutes façons, là pour les 20 jours qui restent, vous supprimez tout sucre".
Je fais une tête bizarre parce que même si à l'écho la personne m'a dit de "ne pas écarter l'idée d'une césa. et de me préparer à une éventuelle 2nde césa. car le bébé risque de faire plus de 4 kg", en refaisant le calcul donné par ce même échographiste (poids estimé ce jour-là + 25 g par jour jusqu'au terme (3046 + 37*25) : le pronostic de poids de naissance n'est pas supérieur à 4 kg (3.971 kg).
Classique "allez vous déshabiller à côté, vous n'enlevez que le bas".
Moi : "c'est pour un TV, c'est ça ? Pour examiner mon col" ? Elle "Ben oui".
Je refuse le TV en lui demandant si c'est vraiment utile à 3 semaines du terme, la MAP et risques de prématurité pour le BB étant écartés. Réponse "oui, et puis je veux voir votre bassin, c'est pas parce qu'il a passé l'épreuve une fois que ça vous dispense de cet examen".
Plus tard quand nous reparlerons TV elle me dira " puis tant qu'on y est, on va remettre en cause le TV à 6 mois, et puis à 3 mois aussi " (non, non, je ne commenterais pas...).
Je me résigne là tout d'un coup en une seconde... tout ça, c'est trop lourd... je passe dans la cabine à côté et le téléphone sonne, elle répond pendant que je commence à me déshabiller. Quand elle raccroche (très vite) elle me dit depuis son bureau "mais vous savez, pouvez très bien refuser l'examen, j'ai jamais forcé personne, je peux très bien marquer "refus d'examen par la patiente dans le dossier", je n'ai pas pour habitude de forcer les gens".
Alors je me rhabille tout en lui demandant ce qu'elle pense qui peut poser problème avec mon bassin. Pas de réponse sinon un "vous m'auriez évité de perdre mon temps et le vôtre si vous aviez dit tout de suite que vous refusiez l'examen"... là j'avoue je passe dans la 4ème dimension avec des relents du précédent RDV avec un docteur qui me remontent. Elle continue sur le même thème "de toutes façons, c'est clair que vous refusez la médicalisation, dans ce cas vous n'avez qu'à pas venir en consultation... d'emblée c'était évident que vous ne vouliez pas voir de docteur" et autres "vous êtes en plein déni, vous refusez d'accepter que vous avez un "beau" BB".
Moi "mais non, a priori il ne fera pas le même poids que son frère et même s'il fait le même poids, c'est pas à moi que ça pose un problème".
Elle "mais l'échographie n'est pas fiable, il peut aussi faire 4.5 kg et ça sur un utérus cicatriciel, c'est pas envisageable".
Moi "mais pas fiable dans les deux sens, il peut faire moins".
Je suis prête à sortir de la pièce puisqu'elle me dit encore une fois "vous n'êtes pas capable de...", je remets mon manteau et puis je ne sais pas, je prends sur moi, peut-être parce que justement, "je suis capable de...." et je lui explique que ce que je veux c'est qu'on me parle, qu'on discute, qu'on m'explique sinon je serais pas là. (Je suis rouge, fait chaud dans un bureau vitré plein sud et puis je suis tendue).
- "Vous n'êtes pas capable de discuter, vous étiez à peine là que vous n'étiez pas contente, dès que j'ai parlé d'arrêter le sucre, vous avez fait la tête, d'ailleurs regardez-vous dans quel état vous êtes ! Et vous voulez qu'on vous explique mais vous saviez très bien, hein, pour le TV à quoi ça sert et pour le diabète gestationnel, ne me dites pas que G.P. ou la SF au RDV précédent ne vous en ont jamais parlé, non, hein, personne ne vous a jamais rien dit, rien expliqué vous n'allez pas me faire croire ça ?!!".
- "Ben non, avant de mettre les pieds ici au CHU jamais eu de mention d'un risque de diabète gestationnel *pour moi* et la SF avait juste prescrit une glycémie à jeûn et post-prandiale "pour contrôler"... sans même m'interroger d'ailleurs, pas plus que vous sur mon alimentation, sur ce que je mange".
Réponse "mais y'a pas besoin, madame, de vous interroger, on le sait très bien ce que vous mangez, vous avez vu votre ventre et la taille de votre BB ?".
Bien parti hein....
Bon, j'essaie de ne pas m'énerver, de toutes façons, je suis en train de perdre mes moyens plus que de m'énerver, enfin je suis dans cette phase ou tout devient flou avant de péter un plomb et de me mettre à hurler.
Je lui explique que oui, j'ai été inquiète de ce changement de RDV intialement prévu avec la SF (elle l'explique par un bug du secrétariat... or c'est pas ce qu'il s'est passé), de cette écho supplémentaire demandée et de l'HGPO tout ça "expliqué" rapidement au téléphone après un RDV avec la SF où tout "allait bien et était normal", que oui ça m'a angoissée et que la façon dont ça se passe là en ce moment n'arrange rien et au passage, "sur toutes les naissances de BB de plus de 4 kg, combien ont eu des mères souffrant de diabète gestationnel ?". Ca fuse, 80 %. Ca sonne faux, et en prime ce ne sont pas les chiffres que j'ai lus sur le net (j'ai une étude canadienne faisant état de 90% de bébés de 4 kg et plus nés de mères ne souffrant pas de diabète), je marmonne d'ailleurs "ça ne correspond pas à ce que j'ai lu". Je lui demande alors juste de m'exposer ce qu'elle pense de la situation et de ce qu'il faudrait faire.
Pour elle :
- signes évidents de diabète gestationnel (excès de liquide, "beau" bébé à l'échographie et antécédent de macrosomie (PZ2 né à 4.090 kg) si je n'oublie rien de ce qu'elle a cité) mais pas de diagnostic précis possible car j'ai pas fait le test.
- accélération sur la courbe de croissance du BB avec élévation anormale/brutale de la croissance sur un des paramètres (l'échographiste n'a *jamais* parlé de ça ! Au contraire c'était plutôt "beau BB mais... tout va bien pour lui") qui est au 90° percentile donc comme "ces gros bébé ne sont pas solides" il faut surveiller qu'on ne sorte pas des courbes et intervenir *avant* cette sortie de courbe. Pour anticiper : nouvelle écho, monitoring 1 fois par semaine jusqu'à l'accouchement pour voir comment il se porte et examen du col pour pouvoir éviter une césarienne en déclenchant sur un col déjà ouvert mais césarienne si col fermé.
Là elle "s'excuse" d'un "j'ai l'air de jouer les oiseaux de mauvaise augure mais vous êtes dans le déni, vous avez un bébé macrosome, faut regarder les choses en face et faire ce qu'il faut".
Moi : "pour le monitoring, faudrait revenir ou ça peut se faire à la maison... et puis de toutes façons, là j'ai besoin de discuter de tout ça avec mon mari avant de décider de quoi que ce soit".
Et me dit qu'elle va voir la SF pour prendre un RDV pour moi avec elle. J'imagine qu'elle pense que j'accepterais l'examen refusé s'il est fait par la SF et pas par elle. Elle quitte le bureau et revient en me disant que c'est OK pour un RDV jeudi.
Fin du RDV avec elle.
Dans le couloir en allant dans la cabine pour l'analyse d'urine, je croise la SF qui me dit "écoutez, faites l'HGPO demain, même s'il n'y a pas le résultat écrit, je peux appeler le labo pour l'avoir et puis vous venez jeudi avec tous vos papiers, résultats d'analyses, carte de groupe... et on reparle".
P'têt que je projette des choses en me disant que l'autre jour au téléphone elle aussi n'avait pas l'air de comprendre pourquoi le RDV passait d'elle au médecin, p'têt que là aussi je projette des choses en me disant qu'elle tentait de me faire passer le message "arrivez avec un résultat négatif et vous aurez des arguments". En tous cas, j'ai apprécié le contact qu'on a eu ce jour-là et les minutes qu'elle a prises pour me parler et même suggérer de faire le RDV maintenant pour que je ne revienne pas (mais fallait que je rentre, pb de logistique avec les garçons).
J'ai retrouvé mon homme et les garçons au centre commercial tout proche après ça, limite en larmes... Lui : "pleure pas, y'a du monde !" et choqué aussi de ce que je lui ai rapidement raconté.... il se demande si le Dr. de la clinique n'a pas parlé de moi à droite et à gauche, ou si mon courrier à la clinique n'aurait pas circulé. Je me le demande aussi... y'a eu quelques remarques blessantes, humiliantes et gratuites qui m'ont semblé venir d'ailleurs que de mon refus de l'examen. Enfin bref.
Lui aussi a eu la même réaction que la SF sans que je dise rien : après avoir envisagé que je zappe le RDV de jeudi et tout autre contact jusqu'à l'éccouchement et en avoir pesé le poids en termes de conséquences si au moment de l'accouchement il venait à y avoir des complications il m'a dit "écoute, fait le test demain, ils verront que c'est normal et tu seras en position pour refuser un TV / examen du bassin et si c'est pas normal, ben au moins on saura... mais je ne m'inquiète pas, ce sera normal, en plus t'as pris moins de poids que pour les grossesses d'avant, on mange vachement mieux, je m'en fais pas... et puis après l'accouchement tu leur envoies un courrier bien senti sur ce qu'il s'est passé, avec les résultats d'analyses et le poids en définitive du BB qui fera pas 4 kg j'en suis sûr".
Donc, HGPO le lendemain... RDV le surlendemain au CHU (bonjour le trou de la Sécu !). Branle-bas de combat pour trouver un mode de garde pendant les 3 heures du test à passer au labo et pour le RDV suivant aussi car mon homme ne peut pas s'absenter comme ça à répétition de son boulot pour gérer les garçons.
En rentrant, je souhaitais que le BB naisse cette nuit, qu'on en finisse enfin avec tout ça; en reparlant le lendemain soir, mon homme me disait ressentir la même chose. Je trouve ça moche :( .
Les garçons sont perturbés, PZ2 a refusé de s'endormir tant que je n'étais pas rentrée du yoga et quand je suis rentrée, il s'est accroché fort fort à moi...
PZ1 non plus n'était pas dans son assiette, il ne veut pas aller au judo le lendemain, il veut rester à la maison pour m'attendre pendant que je suis chez le "docteur"....
La visite suivante s'est bien passée, pas de diabète (non, sans blagues !) donc ça a un peu cassé tous leurs arguments (n'empêche je suis toujours vaseuse du test fait la veille).
La SF voulait quand même m'examiner ("oui, ben quand même Mme, y'a des fois ou faut savoir se plier") et faire une écho supplémentaire (j'imagine que c'est ce qu'il restait des instructions du Dr. vu mardi).... mais on a réussi à se mettre d'accord sur "pas d'examen aujourd'hui et examen si l'écho de début de semaine prochaine montre une accélération de la prise de poids".
Y'a bien eu dialogue (j'ai même un peu vidé mon sac sur le pourquoi ça s'est mal passé mardi) et personne qui campait sur ses positions, elle a accepté de considérer que le BB pouvait très bien ne peser que 3.6 kg à la naissance, j'ai convenu qu'il pouvait aussi faire 4.4 kg et sur cette base-là du coup n'ai pas dit non à la proposition d'acupuncture pour aider à la maturation du col (pour limiter la casse en cas de déclenchement si croissance accélérée).
Au passage, elle m'a demandé ce que je mangeais, si je prenais un petit-déjeûner la matin et quoi.... lol... l'était temps....
Elle a appelé le médecin de service pour lui donner les éléments du dossier et obtenir l'aval pour la conduite à tenir, lequel médecin a répondu "non, pas de surveillance supplémentaire particulière, pas d'écho non plus".
Commentaire de la SF "vous vous en tirez à bon compte dites" mais sur un ton plutôt encourageant....
OUF ! Vais enfin pouvoir finir de couver tranquille.
J'ai effectivement fini de couver tranquillement....
Et je suis vraiment très très contente de la façon dont s'est passée cette troisième naissance.... bon, c'est sûr, c'est moins bien que si ça avait été à la maison (épisio, BB aspiré, gouttes dans les yeux....) mais je crois que pour un accouchement en structure, j'ai eu du bol de tomber sur cette équipe-là dont les pratiques étaient à mille années lumière de celles des autres personnes rencontrées jusque là.
Je n'ai même pas eu à me "bagarrer" pour plein de trucs, ça a roulé tout seul.
Par exemple : pas de péri ? Ok ! (moi qui m'attendais à devoir batailler ferme pour réussir à n'avoir que le cathéter dans le meilleur des cas...).
J'ai été soufflée que tout se passe aussi facilement : pas de perf', pas de cathéter de péridurale, liberté de mouvement, musique, lumière douce, intimité, plein de positions suggérées/possibles pendant le travail (dont le plus "gros" a quand même été fait à la maison) et l'expulsion....
Bref, ma puce n'est peut-être pas née le même jour que ma grand-mère et moi mais elle m'a fait un superbe cadeau, celui de naître le 20, un jour avec ces sages-femmes là de garde et le cadeau d'un accouchement *en vrai*.... après une césa et un accouchement par voie basse avec péridurale et forceps, je sais enfin ce que ça veut dire accoucher et je dis un grand *merci* à ma fille pour ça.
Ah, j'oublie, le meilleur... elle ne faisait pas 4 kg....
Evidemment, je livre tout ça un peu en vrac :) et si j'ai enfin pu accoucher (presque) comme je le souhaitais c'est grâce à toutes les informations que j'ai pu trouver ici ou là sur le net, à des rencontres qui ont fait que le 20 mars 2005 et dans une moindre mesure le 05 octobre 2002 je me suis sentie actrice de ce que je vivais et bien loin de la primipare passive et soumise du 03 octobre 1999.
Voici les quelques liens clés qui m'ont aidée :
J'aimerais aussi citer quelques ouvrages :
- Une autre césarienne? Non, merci - Hélène Vadeboncoeur
- Pour une naissance a visage humain - Claude Didierjean-Jouveau
- Les femmes et les bébés d'abord - Myriam Szejer & Francine Dauphin
- Conseils pratiques à une jeune mère - Christian Tal Schaller
- Choisir son accouchement - Barbara Harper
- L’Attente Sacrée, 9 mois pour donner la vie - Martine Texier
- Accouchement, naissance Un chemin initiatique - Martine Texier
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